Un activateur d'égalité réelle

L’intelligence artificielle : sexiste malgré elle ?

20/10/26 |  , ,

L'intelligence artificielle : sexiste malgré elle ?

Une machine peut-elle être sexiste ? Les chiffres ne laissent guère de doute. Nourrie de nos textes et de nos images, l’intelligence artificielle recycle nos vieux stéréotypes, et elle reste conçue en très grande majorité par des hommes. Le 17 octobre, la préfecture de Haute-Corse a avancé ses pistes pour une IA plus égalitaire.

©Préfecture de la Haute Corse | Via leur compte Facebook

Une technologie qui reproduit nos stéréotypes

Une IA apprend à partir de textes et d’images produits par notre société. Si ces données contiennent des stéréotypes, elle les reproduit – et parfois, elle les amplifie.

Les exemples ne manquent pas. En 2023, l'agence Bloomberg a analysé plus de 5 000 images générées par une IA. Pour le mot « médecin », seulement 7 % montraient des femmes, alors qu'elles représentent 39 % de la profession aux États-Unis. Le phénomène dépasse les images : dès 2021, une étude de l'université de Berkeley, en Californie, avait relevé des biais sexistes dans 44 % des 133 systèmes d'IA analysés.

Le monde du travail n'y échappe pas. En Belgique, une étude publiée en février 2026 montre que 74 % des recruteurs utilisent l'IA à au moins une étape de la sélection. La plupart connaissent mal ses biais, et beaucoup la jugent même plus objective qu'un humain.

L'IA est aussi devenue une arme de harcèlement. Selon un rapport d'ONU Femmes et de l'UNESCO publié en avril 2026, 9 % des femmes journalistes et professionnelles des médias interrogées ont vu des images intimes ou personnelles diffusées sans leur accord. 5 % ont été visées par des deepfakes, ces images ou vidéos truquées. Et près d'une sur quatre (24 %) a reçu des avances sexuelles ou des images sexuelles non sollicitées par message privé.

Demeure une question : qui conçoit ces outils ? Et majoritairement, ce sont des hommes. Selon le rapport Gender Snapshot 2026 d'ONU Femmes, présenté en septembre à l'Assemblée générale de l'ONU, les femmes ne représentent qu'environ 22 % des professionnels de l'IA dans le monde, et moins de 14 % des postes de direction. Elles ont par ailleurs environ 20 % de chances en moins que les hommes d'utiliser les outils d'IA générative.

La réponse de la Haute-Corse : pas de confiance sans égalité

Le 17 octobre, l'association EMAHO organisait une table ronde intitulée « Peut-on faire confiance à l'IA ? », dans le cadre des Rencontres de l'Esprit Critique 2026. Représentée par sa déléguée aux droits des femmes et à l'égalité, la préfecture de Haute-Corse y a porté un message clair : l'IA n'est pas neutre, et on ne pourra lui faire confiance que si elle garantit l'équité et l'inclusion. Elle propose pour cela d'agir à plusieurs niveaux.

Il faut d'abord sensibiliser les jeunes et les actifs aux biais de l'IA, pour qu'ils apprennent à en repérer les effets. Il faut aussi former celles et ceux qui conçoivent ces outils et qui décident de leur usage. La préfecture appelle également à plus de transparence sur l'utilisation de l'IA, au travail comme dans les services publics. Enfin, elle plaide pour attirer davantage de femmes dans les métiers du numérique, encore très masculins.

Cette intervention s'inscrit dans l'action menée par la préfecture pour l'égalité entre les femmes et les hommes, aux côtés des associations, des établissements scolaires et des entreprises du territoire.

L'IA sera-t-elle un outil d'égalité ou le miroir de nos inégalités ? La réponse dépendra de celles et ceux qui la construisent.

Sources :

Lutte contre le sexisme et les… – Préfecture de la Haute-Corse | Facebook
Les modèles d'IA génératifs renforcent les biais humains – Next 
IA : quand les algorithmes amplifient les inégalités envers les femmes | ONU Info
IA & recrutement en Belgique : le biais de genre sous-estimé | News.belgium
Un nouveau rapport mondial révèle une hausse de la violence numérique
the-gender-snapshot-2026-en.pdf

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